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# Etats-Unis : le mythe du melting pot et de l’assimilation

### Le récit du *melting pot* américain et de l’assimiltaion rapide des immigrants est en grande partie un mythe qui dissimule des échecs et des permanences dans les caractères culturels et sociaux d’origine des groupes immigrés.

**Il existe un lieu commun à propos de l’immigration qui consiste à croire que l’assimilation est un processus qui se fait rapidement et qui s’intensifie avec les générations**. Ainsi les deuxièmes générations seraient mieux intégrées à la société d’accueil que les premières, les troisièmes que les deuxièmes, etc.

C’est dans le mythe du *melting pot*, selon lequel les immigrants se seraient rapidement intégrés à une grande société américaine effaçant leurs particularismes, que cette croyance prend corps avec le plus de force.

Pourtant, cette assimilation a été bien plus lente et incomplète que ce mythe ne l’affirme. En fait, celui-ci est largement une fiction.

### La permanence est la norme.

**De la même manière que la permanence sociale des groupes est la norme au sein d’une société homogène, le maintien des caractères et des capacités propres à des communautés différentes est évident dans le cadre de sociétés connaissant des vagues d’immigration**. Ce sont les gens et non les pays qui font la culture, le succès et la prospérité. Cette permanence se mesure sur le long terme et de façon multi-générationnelle. En réalité, la mobilité sociale est souvent largement surestimée.

Ainsi, **l’assimilation progressive des groupes immigrés au sein de la société d’accueil est généralement surestimée**, comme le démontre l’exemple américain, qui est pourtant le modèle supposé du creuset culturel.

Tout d’abord, il est important de noter que l’image du succès de l’assimilation américaine est fondée sur… ceux qui ont réussi à s’assimiler. En réalité, ceux qui ont réussi à faire souche aux Etats-Unis et à s’assimiler au pays ne constituent qu’une fraction de l’ensemble des immigrants de la grande période de l’immigration européenne (1850-1920). Entre 25 et 40% des Européens sont ainsi retournés dans leur pays d’origine. On a là un exemple typique de biais de réussite.

De même, **les disparités économiques entre immigrants de différentes origines européennes ne se sont pas évaporées rapidement comme on le croit habituellement**. Au contraire, elles restent visibles sur plusieurs générations.

Du point de vue culturel, il n’y a pas eu seulement une assimilation à la culture d’accueil, mais une modification de celle-ci par l’apport d’influences extérieures. Cela est visible dans le cadre de la gastronomie, l’exemple le plus courant, mais également par la persistance de certaines valeurs ou habitudes.

### Le mythe de l’immigrant qui réussit

Un autre argument au secours du récit de l’assimilation est celui de l’immigrant qui réussit. Actuellement, aux Etats-Unis, cela consiste à mettre en avant le succès de personnes en provenance d’Asie de l’Est ou du Sud-Est. Cependant, **il s’agit là encore d’un biais, dans la mesure où ces personnes sont souvent sélectionnées en amont pour leurs compétences**, par exemple dans le cadre de visa de travail à destination des entreprises de la tech. Leur assimilation et leur succès sont donc une conséquence d’une sélection a priori. Par la suite, dans la mesure où les niveaux sociaux tendent à se maintenir, on comprend que ces immigrés et leurs descendants constituent des groupes qui réussissent économiquement sur la durée. Or, si l’assimilation était la norme, les enfants de ces groupes auraient tendance à sous-performer pour se rapprocher de la moyenne du pays d’accueil, ce qui n’est pas le cas.

L’exemple mexicain en fournit une confirmation. L’immigration mexicaine n’est pas une immigration sélectionnée pour ses compétences professionnelle. Elle est, dans l’ensemble, moins qualifiée et éduquée que la population d’accueil. Or on constate qu’avec les générations, les descendants d’immigrés mexicains s’éloignent de la moyenne américaine, c’est-à-dire qu’ils opèrent une contre-assimilation. Ainsi, la deuxième génération a un taux de criminalité supérieur à celui de la première. Economiquement, la troisième génération connait une situation inférieure à celle de la deuxième.

La comparaison est souvent faite avec les immigrations européennes les moins favorisées, notamment les Irlandais et les Italiens, qui ont fini, après plusieurs générations, par se rapprocher à la moyenne nationale. Cependant, l’écart économique, social et criminologique entre ces immigrations européennes de « faible » qualité et les autres immigrés européens était moins important qu’entre les Mexicains et les immigrés européens dans leur ensemble. Il n’est donc pas possible de conclure, à partir de la situation des Irlandais et Italiens, qu’il en sera de même pour les Mexicains.

**En conclusion, le mythe américain du&#x20;*****melting pot*****&#x20;et de l’assimilation réussie à la nation d’accueil comprend une grande part de récit qu’il convient de remettre en perspective**. Ce récit occulte un grand nombre de biais et de faits. Or les pays européens développent aujourd’hui un récit symétrique, celui de l’assimilation par les « valeurs » et le « vivre-ensemble » et il semble patent qu’il est sinon plus, du moins aussi illusoire que celui du *melting pot* américain.

Voir aussi (liens externes) :

* [The Assimilation Myth : America. Persistence and Not-So Melting Pot](https://inquisitivebird.xyz/p/the-assimilation-myth-america?utm_source=share\&utm_medium=android\&r=3o73sw\&triedRedirect=true). Inquisitive Bird, 10/04/2025.
