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# "Les nations sont des créations modernes"

### L’affirmation selon laquelle les nations sont des créations contemporaines et artificielles est une posture idéologique de gauche qui ne correspond pas à la réalité historique et qui sert un discours politique.

**L’affirmation selon laquelle les nations sont des créations contemporaines est un lieu commun propagé par la gauche et largement accepté**. Elle a pour but de propager l’idée que les nations sont artificielles, voire des créations cyniques visant à faire naitre un faux sentiment d’appartenance commune pour servir des visées politiques. Elles auraient été créées dans le courant du 19<sup>e</sup> siècle et ne correspondrait à aucune réalité sociale ou culturelle préexistante.

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**Ces affirmations trouvent leurs sources dans l’approche moderniste de l’étude historique des nations, un champ important depuis les années 1980**. Pour cette approche, les nations et le nationalisme, sont des phénomènes qui n’émergent qu’avec la modernité tardive, à partir de la fin du 18<sup>e</sup> siècle, en particulier avec la Révolution française. On peut citer à ce propos l’ouvrage du célèbre historien marxiste Eric Hobsbawm *Nation et nationalisme depuis 1780*.

**Pour ce courant, les nations n’existaient pas avant cette période**. Elles auraient en effet nécessité pour cela des moyens modernes qui n’avaient pas encore vu le jour : éducation de masse, diffusion de la presse, lien direct entre le citoyen et l’Etat, existence d’une administration… Les identités préexistantes étaient locales (voire féodales), religieuses, communautaires. De plus, ce courant affirme que l’idée de communauté nationale n’existant pas, le principe d’Etat-Nation non plus. Le principe fondamental des pays était, avant cela, le plus souvent dynastique. Ce serait donc le nationalisme, comme idéologie, qui aurait accouché des nations, et non l’inverse.

**Néanmoins, de nombreuses sources et exemples permettent de constater que le sentiment national existait bien avant la fin du 18**<sup>**e**</sup>**&#x20;siècle, en particulier en Europe.** Le sentiment d’une identité commune malgré les divisions politiques et sociales se retrouve très souvent exprimé. Au 12<sup>e</sup> siècle, par exemple, William de Malmesbury, un chroniqueur anglais, se plaignait que, suite à l’invasion normande de 1066, l’Angleterre soit devenue un pays peuplé d’étrangers s’accaparant les plus hauts postes. Lors de son procès, en 1431, Jeanne d’Arc exprime un sentiment national clair, lequel exige la libération du pays de la domination étrangère : « Sur l'amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n'en sais rien, mais je suis convaincue qu'ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui mourront sur cette terre ». En 1520, Luther écrivit un manifeste intitulé *À la noblesse chrétienne de la nation allemande*. Dans le dernier chapitre du *Prince* de Machiavel (1532), l’auteur exhorte les cités et royaumes italiens à cesser de se quereller, à « défendre le pays contre les étrangers » et à faire l’unité nationale. Ces sentiments nationaux étaient évidemment différents dans leur expression et dans leur objet précis de ceux de l’époque contemporaine, mais il ne fait aucun doute que l’identification à un peuple spécifique, à une nation particulière qui transcende les différences de conditions, existait des siècles avant la création des Etats-Nations.

Les historiens modernistes estiment que, puisque la nation n’était pas conceptualisée politiquement avant la fin du 18<sup>e</sup> siècle (c’est-à-dire puisque le *nationalisme* n’existait pas), on ne peut pas considérer que le sentiment national historique et l’idée moderne de nation renvoient à la même chose et que, en conséquence, la nation est une création moderne. **On voit bien que l’argument selon lequel on distingue le sentiment du concept politique, la réalité culturelle du programme idéologique est totalement arbitraire.** Il y a plutôt une continuité entre ces deux pôles et le lien entre eux est nécessaire (comment fonder une idéologie politique sur un sentiment non existant ?).

**En réalité, l’affirmation selon laquelle il existerait une différence de nature entre l’identité nationale contemporaine et celles qui préexistaient est hautement idéologique**. Elle provient principalement d’auteurs marxistes (comme Hobsbawm) hostiles au nationalisme et s’est largement diffusée dans la gauche, puis dans le grand public, en raison de leur position prééminente au sein de l’éducation supérieure. **Aujourd’hui, cette affirmation de gauche est une dimension de l’idéologie multiculturelle et soutient que, puisque les nations sont des créations politiques artificielles, on peut les remodeler sans difficulté, notamment par l’immigration de masse, sans provoquer de changements substantiels de leur nature.**

Voir aussi (liens externes) :

* [Folk beliefs of the Upper Normie : "Nations are modern creations"](https://www.willsolfiac.com/p/folk-beliefs-of-the-upper-normie), Will Sofiac

Voir aussi (liens internes) :

* [Distinguer compatriote et concitoyen](/centre-ressources-arguments/philosophie-politique/distinguer-compatriote-et-concitoyen.md)
