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# L'émotivisme

### L’émotivisme est l’idée qu’un jugement moral est l’expression d’une préférence subjective et non la position objective d’une action au sein d’une grille de valeurs partagées. Ce relativisme, extrêmement présent chez les personnalités de gauche, empêche le débat et génère des conflits insolubles.

**L’émotivisme est l’idée que tout jugement moral serait simplement l’expression d’une préférence, attitude, ou choix subjectifs**, et rien d’autre. Selon l’émotivisme, quand je dis qu’une chose est *bonne* ou *juste*, je ne dis rien qui ait valeur d’objectivité : je ne fais qu’exprimer une préférence – parfois collective –, une disposition affective envers certaines choses plutôt que d’autres. Quand nous disons « l’inceste, c’est mal », tout ce que nous disons c’est que nous avons été éduqués d’une telle manière à trouver les actes d’inceste répugnants, et nous tenons à dire que ceux qui ne pensent pas comme nous ont notre dégoût.

**La plupart des gens aujourd’hui sont émotivistes sans le savoir**. C’est là la part de vérité de l’émotivisme : l’émotivisme est une bonne description de la plupart des *usages* actuels du vocabulaire moral dans la sphère publique.

**Le problème contemporain provient du fait qu’à part des cas très généraux (dégoût de l’inceste, haine du nazisme…) il n’existe pas de consensus social quant aux émotions qu’il faudrait avoir sur la plupart des sujets.** Par exemple, pour la gauche, les électeurs du RN sont moralement répugnants, parce qu’ils ne sont pas animés par les mêmes sentiments ou les mêmes motivations qu'eux (pitié pour les migrants, clémence envers les meurtriers, empathie envers la nature, haine envers les « fascistes », mépris envers le conservatisme sociétal, etc.). Ils ne justifient pas pourquoi les positions de la droite ne sont pas moralement acceptables. Ils se contentent de s'y opposer par préférence arbitraire et de prétendre que cette préférence possède une dimension morale.

**En conséquence, l’émotivisme empoisonne le débat public.** Les désaccords "moraux" deviennent insolubles : c’est assertion contre assertion, préférence contre préférence, émotion contre émotion. Tout devient relation de pouvoir ; les concepts moraux ne sont plus utilisés pour évaluer rationnellement la conduite des uns ou des autres, ils sont utilisés simplement pour manipuler le comportement des autres, forcer les autres à se comporter tels qu’on voudrait qu’ils le fassent, par chantage émotionnel. On le voit avec l'usage systématique par la gauche des anathèmes. Le débat moral public se réduit alors à l’assénement de principes et de règles qui policent le débat mais ne sont jamais justifiés en tant que tels (« le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit », « l’universalisme est notre boussole », « ce parti est anti-républicain », etc.).

**L’émotivisme possède une dynamique d'auto-renforcement** : « racisme », « fascisme », « république », « laïcité », « état de droit » sont d’autant plus efficaces qu’ils ne sont jamais définis, ce qui n’encourage pas à le faire ! **La gauche gagne souvent à ce jeu, parce que ses concepts centraux ont une force émotionnelle plus grande que ceux de la droite**. Ses préférences, tout en n’étant jamais défendues rationnellement, se transforment alors assez facilement en incantations puissantes et en excommunications.

**La droite étant systématiquement défavorisée dans ce paradigme émotiviste, il faut tout simplement essayer d’en sortir plutôt que d’essayer de faire de l’émotivisme de droite.** Il est difficile de manipuler les émotions avec la « tradition », la « patrie », les « valeurs », les « francocides », etc, bien que ces concepts puissent être définis et justifiés. On le voit régulièrement avec les débats à propos du racisme anti-Blancs qui n'existerait pas.&#x20;

**La stratégie consiste à décrédibiliser l’émotivisme en rappelant qu'il est une mauvaise description de la&#x20;*****nature réelle*****&#x20;des jugements moraux.**&#x20;

**La droite gagnera quand elle rappellera qu’il y a en fait une référence objective au vocabulaire moral** : la justice, le courage, la prudence et la bonté en général sont facilement attribuables à des comportements précis, et cette attribution est *indépendante* de nos attitudes, émotions et préférences. Dire qu’une personne est une bonne personne ne veut pas dire qu’on l’apprécie ou qu’on est d’accord avec elle : cela veut simplement dire qu’on reconnaît que son action ou ses paroles répondent à des standards *impersonnels* que nous reconnaissons avoir en commun (justice, vérité, courage, etc.) par le fait de partager la même nature humaine. Ces standards se déclinent selon les cultures et les modes de vies mais ils invoquent toujours la même structure : les vertus (courage, justice, générosité, etc.) et les vices (imprudence, lâcheté, fourberie, etc.), le caractère d’une personne étant la somme de ses vertus et de ses vices. Il y a en fait souvent accord assez large sur les vertus et les vices, et l’émotivisme, en réduisant le débat moral à un combat de préférences personnelles, encourage un relativisme destructeur, empêche toute évaluation sérieuse des actions des gens selon les vertus et les vices, et favorise l’émergence de profils manipulateurs et pervers à tous les niveaux.

**Une bonne façon de sortir de cette situation est de traduire systématiquement les mots moraux vagues à charge émotionnelle dans le vocabulaire des vertus et des vices, qui sont bien plus objectifs** : cet assistant social qui n’a pas dénoncé les grooming gangs de sa ville anglaise par crainte d’être accusé de racisme a-t-il agi de manière *courageuse, juste, fidèle à la vérité* ? Evidemment que non, et on voit donc bien que ces critères-ci sont alors bien plus fondamentaux que ceux qui sont imposés par la gauche morale (antiracisme, antifascisme, inclusivité, etc.).

**En conclusion, l'émotivisme est une mauvaise conception de la morale, qui consiste à substituer des préférences personnelles qui peuvent être arbitraires à des valeurs étayées, défendables et partagées.** Il sert souvent de base à un chantage moral qui peut avoir de graves conséquences individuelles et politiques. Il est à combattre en exigeant de ceux qui y font appel une justification morale des actes eux-mêmes, non de principes abstraits.

Voir aussi (liens externes) :

* [Fil twitter expliquant l'émotivisme à partir du film Plesantville](https://x.com/norbert_fr/status/1891581543266562059)
